LE MODELE DES « SUPER-BLOCS » DE BARCELONE [SOPHIE DROU]

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Source : « Barcelona superblocks » – Inhabitat.
[N.B Pour améliorer son anglais et pour ceux qui préfère ce média, je vous conseille la petite vidéo de VOX, sur youtube : https://www.youtube.com/watch?v=ZORzsubQA_M !]

L’heure étant à la promotion de la mobilité durable, on voit fleurir dans le monde un grand nombre d’initiatives de la part des exécutifs locaux. Par exemple, l’exécutif parisien a pu choisir en 2015 de mettre en place deux plans de mobilités allant dans ce sens :

  • le Plan anti-pollution adopté le 13 juillet 2015 qui prévoit de reléguer progressivement les véhicules polluants en dehors de la capitale ;
  • et le Plan vélo 2015-2020 adopté le 14 avril 2015 prévoit des aménagements permettant, à terme, de doubler la longueur des voies cyclables à Paris (700 km => à 1 400 km d’ici 2020).

Plus récemment, la ville de Barcelone a fait un choix encore plus drastique : celui de s’attaquer directement à « la refonte » de son célèbre plan d’urbanisme, le plan d’Ildefons Cerdà. La ville a en effet l’intention de limiter fortement la circulation automobile au sein de ses quartiers. En ce sens, dès 2017, Barcelone va donc débuter « sa mutation » pour devenir une ville sans voiture / une ville piétonne.

Récit d’une ambition.

  1. El Plan de Movilidad Sostenible (2013-2018) de “Superilles” o “Supermanzanas”[1]

1.1 Un plan d’urbanisme d’origine dévoyé :

Lorsque l’architecte Cerdà a élaboré le plan d’expansion de Barcelone en 1860, celui-ci mettait en œuvre les principes hygiénistes de l’époque en anticipant de manière visionnaire le développement du trafic motorisé. Le plan correspond à un plan dit hippodamien avec une structure quadrangulaire, régulière et ouverte. Cerdà avait basé son plan, « schématiquement », sur 2 principes :

  • Des voies structurantes de circulation allant de 20 à 60 mètres de large pour accueillir « la massification de l’automobile individuelle »[2];
  • et l’implantation systématique de petits parcs au sein de chaque îlot d’habitation, pensés comme des poumons de verdure pour le bien-être des citadins.

Cependant, du fait de la spéculation immobilière, de la suprématie de l’automobile et, plus largement,  du développement de la « capitale catalane », l’urbanisation fut intensive, les espaces verts devinrent résiduels et les rues piétonnes furent oubliées.

En conséquence, cent cinquante ans plus tard, Barcelone a seulement 15,8% de ces rues prioritairement dédiés aux piétons, soit 230 hectares. Avec son nouveau modèle, la ville souhaite notamment passer à un taux de 67,2% de rues piétonnes, soit 852 hectares.[3]

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1* Zonas peatonales de Barcelona en la actualidad
2* Zonas peatonales en Barcelona después de la implantación de las Supermanzanas
Réalisés par BCNecologia – Source : article de la Vanguardia.

1.2 Le nouveau programme :

La ville souhaite donc à la fois limiter le trafic automobile et recréer des espaces verts ou des zones piétonnes. Ce modèle reprend les structures et la trame existante du plan d’urbanisme d’origine ; il ne fait donc pas tabula rasa du passé.

Le journal La Vanguardia a définit ce programme comme un instrument d’ordre urbain qui suppose la réorganisation des réseaux de mobilité mais aussi l’aménagement urbain de l’espace public[4].

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Source : « Barcelona superblocks » – Inhabitat.

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Source : Article du site Carfree

Un bloc correspond à une surface d’environ 400×400 mètres. Les quatre intersections des rues piétonnes seront transformées en quatre grands espaces publics. L’idée est que les citoyens de chaque bloc puissent regagner leurs droits et s’emparer desdits espaces. Les blocs deviendront donc des petites villes dans la ville et ainsi Barcelone aura gagné environ 170 nouveaux espaces publics.

Le premier super-bloc du mandat, nommé Super-bloc « Poble Nou », à caractère expérimental, est actuellement en cours de mise en œuvre dans le district de Sant Martí. Depuis le 5 septembre 2016, la circulation a changé : les véhicules ont été détournés des rues intérieures du super-bloc. De même, en septembre dernier, plus de 200 étudiants en écoles d’architecture de Catalogne ont émis des propositions concernant l’aménagement des espaces publics créés.

Une limite à observer : Comme le note le journaliste du New York Times, les responsables de Barcelone ont reconnus que « le plan exigera un changement culturel dans la façon dont les gens voient et utilisent les rues ». Il ne s’agit donc pas ici d’un simple changement de  règles, encore faut-il que les habitants s’approprient ces nouveaux espaces.

2. Simple mise en œuvre de « la ville durable » ou véritable nouveau modèle de ville ?

Le Plan de Mobilité Urbaine (PMU) 2013-2018 met en place ce Programme des Super-blocs qui a pour slogan « Omplim de vida els carrers » – « Remplir les rues de vie ».

2.1 Des principes de développement durable :

Pour développer ce programme, l’exécutif municipal s’est basé sur les lignes directrices déjà fixées par les différents plans et des engagements sectoriels municipaux tels que : le Plan d’Action Municipale, l’Engagement pour le Climat, le Plan de Mobilité Urbaine ou le Plan de l’Urbanisme Vert et la Biodiversité[5].

Ce programme comprend les 6 objectifs suivants (plutôt classiques)[6] :

  • 1º Une mobilité plus durable
  • 2º Revitalisation de l’espace public
  • 3º Promotion de la biodiversité et de l’urbanisme vert
  • 4º Promotion du tissu social urbain et de la cohésion sociale
  • 5º Promotion de l’autosuffisance dans l’usage des ressources (ex : réduire la consommation d’énergie et favoriser la production d’énergie renouvelable etc.)
  • 6º Intégration des processus de gouvernance, c’est-à-dire promotion de l’implication citoyenne dans la définition des projets et dans le développement des actions de terrain.

2.2 Un exemple typique des nouvelles « hyper-proximités » ?

Selon Carlos Moreno[7], l’exemple barcelonais est aussi révélateur du nouveau modèle (aujourd’hui en émergence) de « ville de l’hyper proximité » : soit le fait qu’en moins d’un ¼ d’heure, un habitant puisse accéder aux services essentiels de sa vie, tout en conciliant « les exigences de la ville durable mais également les nouveaux rythmes [de vies] ». Il s’agit ici de « rapprocher demande et offre […] mais aussi de faire devenir les rues des espaces de mobilités décarbonnées ». Selon lui, ce nouveau modèle de ville et cette hyper-proximité seront sources « de nouveaux modèles économiques et sociaux dans nos villes ».

2.3 Un exemple à suivre ?

Claire Weisz, urbaniste chez WXY (cabinet newyorkais de Manhattan), a donner un exemple de la façon dont New York pourrait adopter ce plan des super-blocs, sur une zone d’environ 30 blocs dans le quartier financier. Le but est de redéfinir les rues en espaces publics. En effet, celle-ci a déclaré : « La grande majorité des personnes vivant dans nos quartiers n’ont pas de voitures. […] Pourtant nos rues sont principalement utilisées par les voitures, et nous avons un énorme besoin de places sûres pour marcher et à vélo. »

Aussi, Tokyo met actuellement en œuvre ce modèle des super-blocs.

Affaire à suivre donc.

Bibliographie :

  • Site institutionnel de la ville de Barcelone (version en espagnol), présentation des Supermanzanas:

http://webcache.googleusercontent.com/search?q=cache:http://ajuntament.barcelona.cat/ecologiaurbana/es/que-hacemos-y-porque/espacio-publico-de-calidad/supermanzanas&gws_rd=cr&ei=3yosWKm-Ecaxas2JrIAM

  • Journal Barcelona, « La primera ‘superilla’ de Barcelona se pondrá en marcha en septiembre », rédacteur inconnu, publié le 19/08/2016 :

http://www.elperiodico.com/es/noticias/barcelona/primera-superilla-barcelona-septiembre-5333355

http://www.lavanguardia.com/vivo/ecologia/20160922/41481600170/supermanzanas-su/perilles-barcelona-movilidad-sostenible-plan-ciudad-vehiculos-peatones.html

  • New Yok Times, « What New York Can Learn From Barcelona’s ‘Superblocks’», par Winnie Hu, publié le 30/09/2016 :

http://www.nytimes.com/2016/10/02/nyregion/what-new-york-can-learn-from-barcelonas-superblocks.html?_r=0

Pour aller plus loin, autres articles en anglais :

  • The Guardian, article “Superblocks to the rescue: Barcelona’s plan to give streets back to residents”, 17/05/2016, by Marta Bausells :

https://www.theguardian.com/cities/2016/may/17/superblocks-rescue-barcelona-spain-plan-give-streets-back-residents

[1] Termes respectivement en catalan puis en espagnol

[2] extrait de l’article du site Carfree.

[3] cf. site de la Venguardia

[4] “un instrumento de ordenación que supone la reorganización de las redes de movilidad y también la ordenación urbana del espacio público” (extrait de l’article La Venguardia, par Neus PALAU)

[5] Traduction personnelle des noms des Plans catalans

[6] Détaillés sur le site institutionnel de la mairie de Barcelone

[7] Spécialiste de la Smart City - Ingénieur

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